samedi 23 juin 2018

Yvan le Terrible

Ivan IV, ou le Terrible, Tsar de Russie, né en 1530, mort en 1584, n'avait que trois ans à la mort de son père Vasili III. La régence fut exercée par la mère d'Ivan, Hélène Glinskaïa, et après la mort de cette princesse par un conseil de boïars (de 1538 à 1547).

Ivan III (1462-1505), grand-père d'Ivan Vassiliévitch Grozny, avait déjà réussi à transformer la petite principauté de Moscou, qui s'était constituée deux siècles plus tôt dans les forêts de la Russie septentrionale, en un puissant État centralisé à l'époque même où Louis XI menait à bien l'unification du royaume de France ; où, en Angleterre, Henri Tudor mettait fin à la guerre des Deux-Roses ; où la reine Isabelle joignait la couronne d'Aragon à celle de Castille ; où la dynastie des Jagellons parvenait à réunir sous son sceptre la Pologne, la Lituanie, la Hongrie, la Bohême et la Moldavie.

Doué d'une vaste vision politique il détruisit les derniers vestiges de l'ancienne suzeraineté tatare, et étendit les possessions moscovites jusqu'à la Mer Blanche : en 1552, il vainquit les Tatares en s'emparant de Kazan. En 1556 il s’emparait d'Astrakhan ouvrant ainsi à la Russie l'accès de la mer Caspienne. Il essaya aussi de lui assurer un débouché sur la Baltique et s'empara d'un certain nombre de villes de Livonie.

ivan le terrible Tetriakov1Le 16 janvier 1547 le grand prince de Moscou Ivan IV se fait sacrer tsar. Ce souverain réformateur, qui modernisera la Russie, sera aussi tristement connu en raison de sa cruauté et des nombreuses atrocités qu‘il commet durant son règne.

Jeune homme, il avait déjà perdu à jamais son équilibre moral. Mais il est aussi un des hommes les plus instruits de son temps, artiste, imaginatif, hypersensible ; il étonne ses contemporains par ses dons extraordinaires et l'ampleur de ses vues politiques. Le petit peuple a toujours aimé Ivan qui, pourtant, l'a fait beaucoup souffrir ; il a vénéré sa mémoire, il a composé des chants épiques en son honneur. Ce sont les grands qui l'ont honni, parce qu'ils l'ont redouté ; c'est par le mot « redoutable » plutôt que par « terrible » qu'il faudrait traduire correctement l'épithète de « grozny » qui reste attachée à son nom.

À 3 ans le jeune Ivan est orphelin de père, puis à 8 ans de mère. Il est alors à la merci des boyards, les seigneurs de la haute noblesse russe, qui gouvernent, se querellent et s'éliminent violemment. Mais surtout les nobles font de son enfance un enfer. Humilié, battu, il vit également dans la crainte constante d'être assassiné à tout moment. Aussi durant tout son règne, habité par une rancune et une haine à l'égard des boyards, il cherche à les éliminer. Sous prétexte de complot, de trahison, avérée ou imaginée, il inflige des jugements cruels et iniques : disgrâce ou exil, assassinat, supplice, emprisonnement, expropriation. Des centaines de hauts dignitaires sont concernés par ses violences, mais aussi leur famille et entourage (décapités à la hache, empalés, enfermés dans des monastères, exilés...). Des exécutions de masse sont ordonnées. Ainsi en 1570, Ivan IV fait massacrer les habitants de la ville de Novogorod-la-Grande, soupçonnés de trahison avec le roi de Pologne Sigismond Auguste.

Il épousera le 3 février 1547 en premières noces Anastasia Romanova Zakharina qui est issue d’une famille d’ancienne noblesse, celle-là même qui gouvernera la Russie quelques décennies plus tard, et ce jusqu’au dernier Tsar Nicolas II.

Mais Anastasia contracte en 1559 une maladie difficile à déterminer. Lors de l’incendie de la ville de Moscou en 1560, elle est victime de terribles crises de nerfs qui la font délirer et elle meurt au petit matin du 7 août. Ivan est dévasté : on croit qu’il va devenir fou.

ivan le terrible Tetriako2Dès lors, le règne d’Ivan prend une autre tournure. Il ne manquait qu’un choc émotionnel puissant pour laisser les bas instincts qui bouillonnent en lui prendre le dessus sur la relative sagesse qu’il s’obligeait à observer dans l’exercice du gouvernement. « Un verrou a sauté dans son cœur », il ne doit plus rendre de compte à personne, pas même à Dieu.

Ivan se laisse progressivement convaincre que sa chère Anastasia a été victime d’un sortilège lancé par ceux qui l’entourent. Il élimine ainsi, entre 1560 et janvier 1565, la quasi-totalité de ses conseillers du moment. Le Tsar fou furieux ne fait plus confiance à personne et devient presque paranoïaque : c’est en janvier 1565, à l’issue de cette période de doutes et de chasse à l’homme qu’il instaure le système tyrannique de l’opritchnina.

l'Opritchnina, c’est un royaume sur lequel il a un pouvoir absolu. Il s'agit d'un territoire qu'il s'octroie en expropriant les familles de boyards propriétaires, lesquelles sont repoussées sur des terres plus lointaines et pauvres. Il provoque ainsi un vaste exil des familles aristocratiques. Ivan IV s'appuie alors sur les opritchniks, choisis parmi la petite noblesse, qui reçoivent les terres confisquées et agissent comme des mercenaires au nom du Tsar. Pendant sept années, jusqu'à la dissolution de cette milice en 1572, ils massacrent, terrorisent, saignent le peuple, ruinent et ravagent une partie de la Russie, en toute impunité.

Ivan se montra particulièrement sadique dans l’invention de tortures infligées à ses victimes en les accusant de fautes imaginaires.

Il aura ensuite cinq autres épouses. La quatrième Anna Koltovskaïa qu’Il épouse le 29 avril 1572 est issue d’une famille très modeste, elle ne parvient pas à se faire une place à la Cour, et est victime des coteries et des rumeurs. Rapidement, le mariage tourne au fiasco : Anna est belle, elle est jeune… mais ils n’ont pas le moindre point en commun. Pour ne rien arranger, elle semble stérile. Deux ans après leur union, en 1575, Ivan décide de la répudier : Anna prend le nom de Soeur Daria, et est reléguée au monastère Pokrovski de Souzdal, puis au monastère de Tikhvin au nord-ouest de la Russie. Elle y restera jusqu’en 1626, date de sa mort, survenue quarante-deux ans après celle de son tyrannique mari.

Après elle, il n’est plus question d’amour : Ivan choisit ses épouses selon leur capacité à engendrer des héritiers mâles et les répudie aussitôt qu’elles cessent de lui convenir. Et il ne se soucie plus de respecter les traditions de la religion orthodoxe.

ivan le terrible Assasinat de son fils TetriakovIl finira par tuer son fils aîné à l’issue d’une dispute en le frappant avec un bâton ferré en 1851 comme cela avait été prédit par l'ermite Basile. L’assassinat du fils par Ivan semble contesté par les historiens russes mais a néanmoins donné lieu à des représentations picturales…

Lorsqu'Ivan le Terrible meurt le 18 mars 1584, et que son fils Fédor, simple d'esprit, monte sur le trône, une page violente de l'histoire de la Russie se tourne. Fiodor décède en 1598 et n’a pas d’héritier pour lui succéder : le trône est vacant. S’ensuit une grave période de troubles qui justifie le recours au « zemskij sobor », l’assemblée de la terre, un équivalent de nos Etats Généraux, réunissant les membres de la vieille noblesse, -les boyards-, le haut clergé ainsi que des représentations des négociants, citadins et paysans libres, pour élire un nouveau souverain. C'est ainsi que le 22 juillet 1613 Michel Romanov , petit-neveu de la première épouse d’Ivan le Terrible, sera couronné Tsar dans la cathédrale de l’Assomption. Comme le remarque l'historienne Marie-Pierre Rey « né d’une élection profane, le pouvoir du premier des Romanov est désormais sacré ».

Photographies des tableaux effectuées lors de la visite de la galerie Tretiakov

Sources :

http://www.lefigaro.fr/histoire/2017/01/13/26001-20170113ARTFIG00279-ivan-le-terrible-les-5-raisons-de-son-surnom.php

http://plume-dhistoire.fr/le-sombre-destin-des-epouses-divan-le-terrible/

http://www.cosmovisions.com/IvanIV.htm

https://www.franceculture.fr/emissions/petit-precis-dhistoire-lusage-des-candidats/21-fevrier-1613-lelection-de-michel-romanov

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